Trajectoires (post)coloniales du végétal
revue Brésil(s) sciences humaines et sociales
#28 | Trajectoires (post)coloniales du végétal
Sous la direction de Tiago Silva Alves Muniz et Émilie Stoll
Ce numéro de Brésil(s) mobilise la notion de circulation, que nous adoptons ici dans un sens plus large que celui d’un simple mouvement centripète, tourné autour d’un lieu fixe et central. La circulation est comprise comme un acte de dissémination et d’activation de potentialités, notamment dans des contextes marqués par la différence coloniale. Dans cette perspective, la circulation des plantes et des savoirs peut être envisagée comme un instrument d’appropriation impériale et de production de connaissances, mais aussi comme un vecteur de diplomatie. Lorsqu’il s’agit de plantes, cette évidence prend un relief particulier : elles se déplacent rarement seules, et toujours au cœur de réseaux d’intérêts, de savoirs, de violence, de désir ou d’oubli. Le végétal porte ainsi la mémoire des régimes de pouvoir qui l’ont fait germer, s’étendre, puis parfois disparaître. Il conserve les traces de la main qui l’a domestiqué, du regard qui l’a classé, du marché qui l’a consommé. C’est à partir de ce constat que nous interrogeons la circulation des plantes dans l’histoire coloniale et postcoloniale du Brésil. Déplacements agricoles contraints, prélèvements botaniques orchestrés, transferts horticoles planifiés, mais aussi redéploiements locaux, usages situés et reconstructions symboliques : les contributions réunies ici explorent ces multiples formes de mobilité, de la domestication originelle à la globalisation marchande. Elles proposent une lecture critique du végétal en tant qu’objet historique et social, capable de condenser des dynamiques de dépossession et de réinvention, de contrôle et de résilience. La plante y devient opérateur de mémoire, mais aussi champ de bataille épistémique.
https://journals.openedition.org/bresils/20142